Vallée d’Aoste : 3 jours en refuges italiens sur l’Alta Via 1

Septembre 2022, je souhaite me donner un défi physique pour célébrer mon vingt-sixième anniversaire et ma première année nomade, à élire le mouvement comme "chez moi" partout où je vais. Mon amoureux / partenaire d'aventure, Cesare, me propose l'Alta Via 1 dans la Vallée d’Aoste, une randonnée en haute altitude dans les Alpes Italiennes. Trois jours d'émerveillement, de souffle coupé, de peurs et de douleurs nous attendent au creux et au sommet des montagnes. Une année plus tard, en écrivant ces mots, je me rends compte à quel point ce fut davantage un défi pour l’esprit, un voyage-connexion profond face à moi-même, au sein de la nature. Retour sur cette expérience aussi intense qu'inoubliable.

JOUR 1 · 5 SEPTEMBRE 2022

GRESSONEY SAINT-JEAN jusqu'au REFUGE DU VIEUX CREST
17KM · Dénivelé + 1900m · Dénivelé - 1395m

5h, le réveil sonne à Turin. L'oncle et la tante de Cesare nous emmènent en voiture jusqu'au point de départ, à environ 1h30 de route de la ville. Une fois leur voiture partie, nous voilà sur le bord de la route, au pied de la montagne. Il ne reste que nous, nos chaussures de marche, nos jambes et nos sacs à dos qui semblent à ce moment précis beaucoup plus lourds que ce que l'on pensait. Les premiers pas sur l'Alta Via 1 sont symboliques: nous y sommes. Nous commençons à marcher en silence, l'esprit bombardé de pensées. J'ai un avantage-inconvénient de ne pas avoir d'idée précise du parcours et de ses nombres, des kilomètres et dénivelés à parcourir. Je marche, simplement, seulement.

Nous montons rapidement vers le Col Pinter, nous adaptant de plus en plus au poids du sac, m'ajustant à ce nouvel équilibre un peu bancal. Nous ne croisons personne toute la matinée, et nous baignons nos sens dans la beauté de la montagne qui sera notre repère pour les prochaines 72 heures. Arrivés au Col Pinter, nous admirons la vue, le paysage grandiose face à nous et les lacs malheureusement presque secs, et quittons l'Alta Via pour monter au sommet de la Testa Grigia.

Nous quittons l'altitude confortable du Col Pinter (2776 m) et commençons notre ascension: le paysage se meut sous nos pieds, la végétation devient de plus en plus grise, troquant le moelleux de l'herbe et des graviers pour des roches aux allures lunaires. Nous marchons le long de la crête, supportés par un lit de nuages presque rassurants en dessous de nos pas. Dans le topo guide que nous avions consulté et dans les vidéos que nous avions regardées, il était mentionné à deux reprises des parties avec corde, le chemin étant plus étroit. Nous nous sommes trouvés face à une voie assez exposée faisant remonter très rapidement mon vertige, qui me paralyse. Une première roche passée, le sourire au coin des lèvres, puis la vue des chaînes qui annonce un peu plus de difficulté nous fait déposer nos sacs pour continuer plus légers. Nous devons passer par ce fameux étroit chemin à flanc de montagne, suivi par une voie verticale que nous escaladons à l'aide d'une corde pour atteindre le sommet.

Arrivés au sommet de la Testa Grigia (3479 m), les nuages ont laissé place à la magie du paysage. Un sentiment inexplicable s'est installé dans ma poitrine, un mélange de soulagement, de pure joie et de paix. Nous prenons le temps d'admirer, d'absorber. J'aimerais plonger dans ce tableau face à moi, j'aimerais m'y fondre, comme si juste y "être", le "voir", ne suffisait pas.

Nous descendons vers les lacs proches du Col Pinter pour pique-niquer, avant de marcher vers Crest, un chemin très agréable à la végétation luxuriante. C'est plus qu'heureux que nous arrivons à l'adorable refuge du Vieux Crest pour y passer la nuit - nous avons même un dortoir entier et une douche pour nous-mêmes!

JOUR 2 · 6 SEPTEMBRE 2022

REFUGE DU VIEUX CREST jusqu'au REFUGE BARMASSE
27KM · Dénivelé + 2155m · Dénivelé - 2230m

Après un petit-déjeuner copieux au Refuge du Vieux-Crest, nous commençons cette deuxième journée sous le soleil. Le dos un peu courbaturé de la veille, nous avons un programme bien rempli, voulant marcher plusieurs étapes de l'Alta Via 1 en une fois:

Col Nannaz, Valtournenche et Barmasse, où nous passerons la nuit.

Nous marchons face à la grandeur à la fois impressionnante et rassurante des sommets et glaciers, à travers les pâturages, jusqu'au refuge du Grand Tournalin. Nous trouvons cette matinée vraiment agréable, la montée confortable et nous prenons le temps de nous arrêter à plusieurs reprises pour capturer la beauté qui nous entoure.

Après une pause au refuge du Grand Tournalin, nous reprenons le chemin vers le Col de Nannaz (2773 m), une courte montée révélant en son sommet des paysages lunaires grandioses - même si mes mots se répètent, les paysages qui défilent sous nos pas, eux, ne se ressemblent jamais.

Nous mangeons juste après Nannaz à l'abri du vent, entourés par la présence apaisante des montagnes et face à un lac-miroir étourdissant.

La beauté des hauteurs nous donne le sourire et un regain d'énergie, devant ensuite entamer une descente de 1184 mètres vers le village de Valtournenche! J'aime traverser les transitions des montagnes, que ce soit en montée ou en descente, apprécier sous chaque pas les mouvements du chemin, façonnés par leur environnement, ancrés dans ce qui les entoure, la température, l'humidité, la luminosité, tantôt roches, tantôt terre, tantôt mousse mouillée ou herbe sèche, forêt foisonnante ou sommet aride.

Cette descente annonce le retour d'une montée vers le refuge de Barmasse, où nous voulons passer la nuit. Nous aurions pu nous arrêter à Valtournenche mais une autre longue journée nous attend le lendemain et nous préférons marcher ces quelques 600 mètres de dénivelé positif en plus pour être déjà en hauteur au réveil.

C'est affamés et les pieds parsemés d'ampoules que nous arrivons à Barmasse vers 20h, avant de nous endormir vers 21h, déjà excités de nous réveiller.

JOUR 3 · 7 SEPTEMBRE 2022

REFUGE BARMASSE jusqu'à CLEMENSOD
28KM · Dénivelé + 1435m · Dénivelé - 1895m

Troisième et dernier jour de cette belle aventure et célébrant mon anniversaire, c'était censé être notre journée la plus facile avec moins de dénivelé et une dernière descente sur une route goudronnée - c'était sans compter le chemin impraticables à plusieurs endroits ma peur du vide qui m'a rattrapée. En termes de paysages et de faune, ce fut la journée la plus incroyable, nous faisant nous arrêter souvent, émerveillés par la beauté de la nature.

Nous commençons en matinée à monter vers la Fenêtre d'Ersa (2290 m), avant de descendre pour le lac de Tsan malheureusement lui aussi presque vide mais toujours aussi majestueux. Sur le chemin, nous croisons plusieurs vaches sociables, très intéressées par nos bras salés de transpiration.

Cette parenthèse joyeuse précède une autre montée, cette fois vers la magnifique Fenêtre de Tsan à 2736 m. Un de mes moments préférés de cette randonnée, avec l'impression d'être au bout d'un monde et au commencement d'un autre. Nous nous arrêtons ici pour admirer la vue et manger, avant de descendre à nouveau.

Cette partie du chemin nous réserve une belle surprise: des dizaines de bouquetins viennent nous accueillir, broutant paisiblement à quelques mètres de nous. Un beau moment de connexion, où l'on se sent à notre place, faisant partie de la nature merveilleuse qui gravite autour de nous depuis maintenant plus de deux jours.

Nous prenons une courte pause avant de nous diriger vers le Col Terray (2775 m) pour une dernière ascension vertigineuse. Le long de la montée je me répète mentalement "ça va passer, tout va bien aller" pour donner un peu plus de force à mon corps fatigué; randonner ainsi me permet de développer une communication plus saine avec moi-même, poussant mes limites tout en prenant soin de moi.

Nous arrivons à Cuney en fin d'après-midi, fiers de nous et joyeux. La nuit commence à tomber rapidement: entre nos arrêts-émerveillement face à la faune et aux paysages, et nos pauses pour reprendre mes esprits, nous avons pris un peu de retard sur notre itinéraire.

Après le refuge de Cuney, nous devons encore traverser quelques pâturages et finissons avec la lampe frontale à travers les sous-bois, jusqu'à Clemensod que nous atteignons vers 22h - épuisés mais tellement heureux!

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