GR54 : le Tour des Écrins en 9 jours en refuges
5 septembre 2025, une date qui résonne fort : neuf jours de marche sur le GR54, le Tour des Écrins, entre glaciers et vallées, de refuge en refuge. Une aventure que j’attendais avec impatience depuis des mois comme on attend Noël, organisant minutieusement ce parcours que j’arpentais déjà dans ma tête. En voici un petit récit, en gardant à l’esprit que les mots sont parfois insuffisants pour relater l’expérience de la marche, à la fois routinière et incroyablement nourricière - pour le corps, les pensées, le mental et les émotions.
JOUR 1 · 5 SEPTEMBRE 2025
Le Monêtier-les-Bains → Vallouise-Pelvoux
19KM · Dénivelé + 975M
Turin, 7h30. Le réveil a un goût d’excitation : aujourd’hui, c’est le grand départ. Nous quittons Turin à l’aube, encore un peu ensommeillés mais déjà portés par l’idée que le Tour des Écrins commence enfin. À Monêtier-les-Bains, première halte rituelle : un pain au chocolat encore tiède, englouti avant de chausser nos bottes de marche et de prendre la route.
Cette première étape, je l’avais imaginée comme une entrée en matière douce, une journée pour trouver le rythme et apprivoiser le poids de nos sacs. Pas de col exigeant, pas de gros défis, juste le temps de se mettre en marche. Alors, même si la variante par le col des Grangettes et le lac de l’Eychauda nous faisait de l’œil, nous décidons de la laisser de côté pour une prochaine fois.
La première moitié du chemin se déroule entre télésièges endormis et stations désertes attendant patiemment l’hiver, tandis que nous marchons en T-shirts sous le soleil de septembre. Au-delà du col de l’Eychauda, tout change. La montagne retrouve son visage sauvage, brut, lumineux. Moins d’empreinte humaine, plus d’harmonie.
En fin d’après-midi, nous atteignons le Chalet de l’Eychauda niché dans un jardin apaisant. Le dortoir est confortable et accueillant, et cerise sur le gâteau : une salle de bains rien que pour nous, luxe inattendu après une journée de marche. Nous partageons la chambre avec deux jeunes femmes de la région qui nous glissent quelques conseils précieux pour la suite. Déjà, les échanges, les rencontres, les petits hasards du chemin donnent au voyage une couleur particulière.
JOUR 2 · 6 SEPTEMBRE 2025
Vallouise-Pelvoux → Refuge du Pré de la Chaumette
28KM · Dénivelé + 1703M
La deuxième journée s’annonce longue : 28 kilomètres et un col mythique à franchir, le tout avec le soleil déjà bien haut. Nous quittons Vallouise au pas, en nous échauffant sur huit kilomètres de route monotone. Les lacets goudronnés se succèdent, à peine adoucis par quelques sentiers de forêt. Beaucoup de randonneurs·euses prennent l’option de commander un taxi pour cette étape, mais nous souhaitons utiliser le plus possible nos jambes comme seul moyen de transport (et nous savons déjà qu’une portion en bus nous attend dans quelques jours), alors nous nous motivons à faire passer le temps plus vite!
Pendant une pause à l’ombre, une dame vient nous parler; nous l’avions déjà croisée hier, et nous ayant reconnus elle entame la conversation. Elle est venue d’Angleterre pour faire le GR54 avec un ami, en bivouac. Après nous avoir parlé pendant plusieurs minutes de la nécessité d’être minimaliste et de peser chaque item au gramme près pour cette aventure, elle continue son chemin : derrière son sac monumental dépassent deux bouteilles de whisky, fièrement arrimées de part et d’autre 😅. Très vite, elle devient une figure légendaire du GR54 : à chaque étape, les randonneurs nous demanderont si nous avons croisé la fameuse “femme whisky”. Nous, nous la surnommons “Nick”. Une petite anecdote qui allège les kilomètres et nous fait sourire.
Nous suivons ensuite le GR de l’autre côté de la rivière, mais à cause d’un éboulement la plupart des arbres sont à terre. Plus nous avançons et plus nous avons du mal à continuer, et en décidant de retourner vers la rivière pour poursuivre de l’autre côté, le chemin est tellement glissant qu’Eugenio tombe - sans se faire mal, heureusement!
Après cette épopée entre boue et voitures, nous entrons ENFIN dans le parc national des Écrins! Le paysage se transforme radicalement ; nous prenons beaucoup de pauses pour admirer ce qui nous entoure, malgré la fin d’un été plutôt chaud les montagnes sont verdoyantes et l’eau ruisselant de partout coule en abondance dans ce tableau vivant.
Nous nous arrêtons à une plaine avec une magnifique vue pour pique-niquer, entourés de nombreuses marmottes curieuses. Nous croisons “Nick” à plusieurs reprises, avant de la perdre jusqu’au soir en nous arrêtant un moment avec un troupeau d’ânes amicaux. Dans l’après-midi, nous attaquons le plus gros du dénivelé du jour : le col de l’Aup Martin, spectacle majestueux de roches et de pics qui est également le col le plus haut de notre tour des Écrins (2761m d’altitude). La récompense est à la hauteur des kilomètres parcourus : une vue à couper le souffle, minérale et infinie.
De l’autre côté du col, nous réalisons le chemin qu’il reste encore à parcourir et commençons à accélérer la cadence et minimiser les pauses “admiration” pour être à l’heure au dîner. Nous descendons entre roches et cailloux en lacets jusqu’au fond de la vallée, pour rejoindre le refuge du Pré de la Chaumette.
À peine arrivés, nous entendons leur cloche sonner et annoncer le dîner; nous n’avons pas le temps de déposer nos sacs jusqu’au dortoir et allons directement nous asseoir pour manger. Le refuge est bondé de monde - nous sommes samedi et le temps est exceptionnel. À notre table, cinq hommes d’environ 70 ans, amis de toujours, nous racontent leurs histoires de jeunesse en montagnes (ils ont entre autres parcouru Nice à Briançon en ski de randonnée et bivouac un hiver). L’atmosphère au refuge est adorable, la gardienne et Adrien, un jeune homme qui l’aide pour la saison, mettent une super ambiance. À la fin du repas, ils passent chacun de table en table pour parler météo et répondre aux questions tout en offrant un génépi.
Après le dîner, nous faisons la queue pour payer et savoir dans quel dortoir nous dormirons cette nuit. De longues minutes d’attente encore malgré la fatigue qui commence à arriver, nous prenons nos jetons pour une douche express avant d’aller dormir vers 21h; les lumières sont déjà toutes éteintes et nous essayons de nous glisser sans bruit jusqu’à nos matelas.
JOUR 3 · 7 SEPTEMBRE 2025
Refuge du Pré de la Chaumette → Refuge de Vallonpierre
13,5KM · Dénivelé + 1370m
Nous sommes comme à notre habitude les derniers à quitter le refuge ce matin. C’est une journée un peu spéciale puisque je célèbre mon anniversaire 🥳 très heureuse d’honorer ce nouveau cycle autour du soleil en marchant dans ce cadre exceptionnel. La première montée vers le col de la Valette est douce et nous nous délectons de la vue dégagée sur la vallée, entre vues splendides et détails fleuris et colorés. Depuis le col de la Valette, nous pouvons monter en quelques minutes au petit sommet qui offre une vue à 360 degrés sur les montagnes, quelques glaciers qui commencent à se dessiner dans l’horizon et le chemin de la veille. La descente du col est très raide (ce sera d’ailleurs la première et unique portion du GR54 que nous avons trouvée très raide) mais rapide. Une fois en bas, nous remontons directement vers le col de Gouiran. Nous nous arrêtons juste avant le col pour pique-niquer face à la vue.
En redescendant du col de Gouiran, nous marchons dans une vallée où tout semble être en abondance: les fleurs, les marmottes par dizaines, les glaciers qui se découvrent. Nous faisons une petite pause pour prendre notre dessert dans ce paysage, avant de grimper le troisième et dernier col de la journée : le col de Vallonpierre, et son sommet éponyme avec une vue sur le Sirac - on croit presque que l’on pourrait le toucher. Sur le chemin vers le col, nous rencontrons Ariadna, une espagnole qui fait le GR seule avec sa tente.
Nous arrivons au refuge de Vallonpierre vers 18h. Le chalet est niché dans un vrai paradis, sous le Sirac et face à un petit lac où tout semble en paix. Nous partageons un dortoir spacieux avec deux bretons super sympas qui vont faire les mêmes étapes que nous pour les 3-4 prochains jours. À notre table au dîner, nous rencontrons un homme qui fait le GR54 en quatre jours seulement et un couple passionnant, qui nous conte plein d’histoires et de voyages toute la soirée. Ce qui me touche beaucoup dans les rencontres en refuges ou au travers de la marche, c’est ce retour à l’essentiel; le reste se découd. Pas de prénom, pas de métier, de catégories, de mise en cadre. On échange sur nos passions, sur ce qui nous fait vibrer et sentir vivants - naturellement.
Cette nuit c’est aussi la Pleine Lune, et la Lune Rousse que nous pouvons voir de notre fenêtre, moment magique et suspendu.
JOUR 4 · 8 SEPTEMBRE 2025
Refuge de Vallonpierre → Refuge des Souffles
26KM · Dénivelé + 1073m
Nous partons encore les derniers ce matin, mais plus tôt que la veille; nous nous améliorons un peu chaque jour ! Nous quittons ce petit havre de paix en marchant une longue descente jusqu’à la Chapelle en Valgaudémar. Nous croisons deux frères anglais que l’on suit depuis deux jours, en échangeant quelques mots à chaque fois. Dans le fond de la vallée, nous croisons deux troupeaux de moutons et leurs patous, des petits hameaux cachés au bord des rivières, avant de nous arrêter dans le village “principal” des environs. Nous en profitons pour acheter un savon de Marseille (nous l’utilisons pour laver corps, visage, cheveux et vêtements), et nous pique-niquons avec Ariadna que nous recroisons, ainsi qu’avec un couple en van qui fait des randonnées à la journée.
Quelques kilomètres de plat en sortant de la Chapelle en Valgaudémar nous réserve une dernière surprise pour aujourd’hui et notre quatrième étape le long du GR54 - Tour des Écrins: plus de 950 mètres de dénivelé pour cinq kilomètres ! Je ne sais toujours pas pourquoi, mais après cette journée plutôt tranquille je me motive et me mets au défi de grimper ces derniers kilomètres en moins de 2 heures; j’arrive au Refuge des Souffles en 1h30, trempée de sueur mais heureuse ! Je papote avec les deux bretons et avec Manu, un autre randonneur avec qui on avait partagé le dortoir la deuxième nuit.
L’ambiance au Refuge des Souffles est pour le moins folklorique ; le propriétaire, plus vieux gardien de refuge du parc des Écrins, accueille chaque randonneur·euse d’une manière plutôt singulière. Il indique à tout le monde que le dîner est servi à 19h17 précisément, il répond aux questions sur la météo ou les chemins d’une manière pince sans rire. Le refuge est parsemé d’influences marocaines, des photos sur les murs aux tajines au menu, en passant par le thé à la menthe servi en fin d’après-midi pour nous réchauffer quand le Soleil se couche. Nous perdons également notre ancien savon après la douche, contents d’avoir acheté un nouveau savon le jour même !
Au dîner, nous rencontrons un couple adorable que l’on suivra également pour les prochains jours. On partage de belles histoires et de bons fous rires, avant l’histoire du soir contée par le gardien sur l'abri sous roche qui fut l'ancêtre de ce refuge et les petits sucres baignés dans l’alcool qu’il fait passer de table en table.
JOUR 5 · 9 SEPTEMBRE 2025
Refuge des Souffles → Gîte Les Arias
18KM · Dénivelé + 1116m
Nous nous réveillons tôt après une très courte nuit sans sommeil, une alerte orage est active aujourd’hui 🥲 Nous souhaitons atteindre le Pic Turbat, un sommet de 3000m accessible dans les environs. Nous quittons le GR54 en prenant le chemin derrière le refuge vers le Col des Clochettes où nous allégeons nos sacs. Nous continuons vers le Lac Lautier, mais les nuages menaçants nous entourant de plus en plus nous font faire demi-tour avant d'arriver au Pic Turbat.
Nous redescendons vers le Refuge des Souffles, un peu frustrés mais contents d’avoir pris une sage décision, et commençons officiellement notre cinquième étape du Tour des Écrins par une montée joyeuse vers le Col de la Vaurze. Nous croisons un troupeau de moutons en-dessous du col et un patou tout calme, et nous pouvons même pique-niquer au col, admirant les nuages qui se glissent entre les montagnes, dessinant un paysage acéré, minéral, aux ombres dansantes sous le ciel changeant. Finalement, nous n’aurons pas eu de pluie mais un ciel majestueux qui nous a émerveillés toute la journée.
Nous entamons ensuite la descente vers le gîte Les Arias : une descente INFINIE passant d’une roche de schiste très friable sous nos pieds (je suis bien contente d’avoir pris mes grosses bottes de trek et pas mes baskets de trail), jusqu’à nous déposer dans une douce transition dans la forêt, avant de rejoindre le hameau du Désert-en-Valjouffrey.
Nous passons une nuit de luxe dans ce gîte d’étape confortable (avec une douche dans notre dortoir et de l’eau chaude sans restriction) ; nous y faisons aussi un ravitaillement en fromage, saucisson, baguette (faite maison au gîte) et chocolat.
Au gîte Les Arias, nous revoyons des visages familiers: nos deux bretons, le couple adorable de la veille, Manu, et d’autres que nous avons croisés ces derniers jours. Nous échangeons, chacun demande quelle étape les autres prendront le lendemain. Nous avons en effet deux options pour la prochaine étape : faire une courte étape (officielle) à Valsenestre, ou bien doubler les étapes et franchir deux cols vers le Lac de la Muzelle.
JOUR 6 · 10 SEPTEMBRE 2025
Gîte Les Arias → Refuge de la Muzelle
18,7KM · Dénivelé + 2170m
Nous avons choisi la seconde option, et allons quitter la plupart de nos compagnons de refuge qui s’arrêtent à Valsenetre aujourd’hui! Nous nous levons tôt (à 6h) pour essayer de partir avant 8h (nous sommes trèèèès lents le matin 🙈).
De la pluie s’annonce ce matin, nous commençons l’ascension du col de Côte Belle (1000m de dénivelé), et au 500ème mètre parcouru, le temps change subitement ; la pluie s’abat sur nous d’un coup, le froid me saisit tellement que Cesare m’aide à enfiler plus d’épaisseurs. Le côté positif de la pluie est qu’elle nous fait voler jusqu’au col, que nous atteignons en un temps record! D’en haut, nous pouvons apercevoir non pas le col mais le MUR de la Muzelle (1100m de dénivelé), impressionnant à voir, qui nous attend.
Le ciel s’éclaircit et nous descendons tranquillement; le sol glissant aura eu raison de Cesare qui chute sans se faire mal. Plus en bas et proche d’une rivière, nous prenons le temps de pique-niquer, faire sécher nos affaires et rincer les vêtements de Cesare. Nous essayons de perdre le moins de temps possible tout en profitant de notre journée, même si le col de la Muzelle nous inquiète un peu ; dans les refuges, de nombreuses personnes en parlent comme de l’épreuve ultime de ce GR54. D’en bas, le col est impressionnant, seul pièce sombre du paysage avec plus de 50 lacets qui ont l’air de ne jamais finir. Mais une fois notre rythme trouvé et de bonnes conversations engagées, nous prenons même plaisir à faire cette montée qui n’a, au final, aucune difficulté technique !
Nous sommes contents d’arriver en haut, prenons le temps de célébrer et regarder tout le chemin parcouru depuis le premier col. D’en haut, nous pouvons voir le glacier de la Muzelle qui s’impose au-dessus du lac et du refuge de la Muzelle.
Nous arrivons vers 15h au refuge, accueillis par le couple adorable rencontré au Refuge des Souffles (eux ont pris un taxi du gîte Les Arias jusqu’à Valsenestre pour alléger l’étape). En nous voyant arriver, ils nous offrent une bière que nous partageons joyeusement ! Nous passons une belle soirée au refuge, situé dans un cadre exceptionnel.
JOUR 7 · 11 SEPTEMBRE 2025
Refuge de la Muzelle → Refuge des Clots
26,5KM · Dénivelé + 1361m
Nous nous réveillons pour une autre étape qui semblait plutôt courte sur le papier mais qui, au final, a été interminable 🥹 Aujourd’hui nous prenons la variante GR54C car nous n’allons pas au Bourg-d’Oisans. Tous les randonneurs·euses ici en sont à leur dernière journée, et nous continuons vers Mizöen. Le matin, nous apprenons que nos piques-niques n’ont pas été pris en compte au refuge de la Muzelle. Passant par quelques villages, nous restons optimistes pour trouver de quoi manger dans la journée.
Nous descendons en suivant la rivière et les cascades, le chemin parsemé de fleurs jaunes éclatantes. Depuis le cinquième jour, nos corps se sont totalement adaptés : au poids du sac, aux chaussures, aux longues heures de marche. Quelques inconforts se font ressentir, mais pour le moment nous sommes heureux de n’avoir aucune douleur musculaire, ni d’ampoules douloureuses !
La descente enchantée se transforme en une descente infinie au bout de quelques heures de marche. Nous nous enfonçons dans une forêt de mélèzes jusqu’au Bourg d’Arud, village minuscule où nous trouvons un gîte sur le côté de la route. L’odeur de pain chaud nous invite à demander si l’on peut leur prendre de quoi manger, mais ils ne préparent à manger que sur commande au préalable. Nous continuons en suivant le GR54 jusqu’à Venosc (un village d’ailleurs magnifique), où tout ferme en cette fin de saison. Une épicerie est ouverte, mais n’a plus de pain (tous les environs semblent en rupture de pain), nous achetons tout ce que nous trouvons et qui peut nous servir pour un pique-nique improvisé, que nous dévorons sur la place de l’Église. Ces petits allers-retours et le temps de manger nous prennent plus d’1h30.
Nous repartons pour 650m de dénivelé presque vertical, pour rejoindre la station (fantôme en cette saison) des Deux-Alpes que nous traversons en entier. Ce n’est pas la plus belle partie de notre aventure, mais cela ne nous dérange pas ! Des Deux-Alpes, une petite montée nous attend encore avant une douce descente vers le lac du Chambon, avant de remonter à Mizöen. Aujourd’hui le soleil brille fort et nous avons vraiment chaud dans l’après-midi à basse altitude, nous nous arrêtons faire une pause rafraîchissante à Mizöen où nous rencontrons un monsieur belge qui a ancré sa vie ici depuis plus de quarante ans, et qui se réjouit de voyager à travers les nationalités qu’il rencontre dans son petit village alpin.
Après Mizöen, nous commençons à être fatigués et à vraiment vouloir arriver au refuge du jour. Eugenio n’a presque pas dormi la veille et on essaie de se mettre en mode “automatique” pour avancer, un pas à la fois. Nous prenons plus de hauteur et prenons le chemin qui nous offre des vues merveilleuses sur le village et le lac Chambon, mais nous n’apprécions pas comme on le voudrait, voulant vraiment déposer nos sacs après plus de 10 heures dehors.
Les panneaux le long du chemin vers Les Clots ne nous motivent pas à garder notre optimisme : en partant de Mizöen, un panneau affiche “1h30” vers Les Clots, puis après 30 minutes de marche un autre panneau affiche à nouveau “1h30” vers Les Clots 😅 Nous arrivons au final vers 18h30 au petit refuge des Clots, un peu perdus et fatigués.
Le gardien nous accueille avec son chien, nous lui demandons à quelle heure est le dîner et en voyant que nous sommes un peu pressés, il nous indique que nous sommes absolument seuls ce soir au refuge. Nous avons donc le luxe de décaler notre dîner à 19h30 au lieu de 19h pour avoir le temps de nous poser, prendre une douche chaude et nous installer dans les DEUX dortoirs rien que pour nous ! Un petit détail qui nous rend heureux au maximum.
Le soir, nous sommes servis à l’assiette et nous nous sentons chanceux et choyés. Au menu : lasagne au saumon, soupe réconfortante, et gâteau au chocolat. Avant de nous coucher nous allons dehors admirer les étoiles et la Voie Lactée.
JOUR 8 · 12 SEPTEMBRE 2025
Refuge des Clots → La Grave
19,3KM · Dénivelé + 1230m
Nous nous réveillons avec un lever de soleil incroyable qui vient éclairer les sommets d’une lumière rosée. Aujourd’hui, nous grimpons un peu plus de 1000 mètres depuis le refuge pour atteindre le Plateau d’Emparis. Nous longeons une immense cascade qui se déverse sur une roche presque rouge, avant d’atteindre le refuge du Fay (bien contents de s’être arrêtés aux Clots hier, car nous avions hésité à y dormir et à allonger la journée de la veille de quelques kilomètres).
De là, le Plateau d’Emparis s’offre à nous. Les mélèzes disparaissent et une plaine immense se dessine, on se croirait transportés dans un monde nouveau. À plus de 2100m d’altitude, nous avons une vue privilégiée sur les plus hauts sommets de l’Oisans, dont La Meije qui trône en Reine dans le paysage à couper le souffle. Des troupeaux de vaches broutent paisiblement, nous traversons un troupeau de moutons qui redescend avec le berger et nous décidons d’allonger un peu notre journée en faisant le tour des lacs ; nous sommes tristes de constater que la plupart des lacs sont vides, à part le lac Noir (un peu asséché) et le lac Lérié, où nous pique-niquons avec face aux sommets.
Nous continuons notre journée traversant le Plateau d’Emparis, sous des airs de balade plutôt que de randonnée jusqu’à La Grave. Sur la route vers La Grave, nous nous arrêtons à un mirador singulier, un “pas dans le vide” incroyable au-dessus des montagnes.
À proximité et arrivés à La Grave, nous avons le sentiment d’être de retour à la civilisation, les randonneurs·euses à la journée croisés disent moins “Bonjour” et semblent plus pressés, les gens sont nombreux dans les rues, nous nous sentons un peu en décalage !
Aujourd’hui nous trichons un peu, nous prenons un bus jusqu’au Monêtier-Les-Bains, d’où nous ferons la dernière étape le lendemain en coupant les portions de route. En attendant le bus nous nous offrons une crêpe bien méritée, célébrant nos huit jours de marche.
Nous dormons ce soir au gîte Le Flourou, où nous avons une chambre pour nous tout seuls – une bonne transition pour cette dernière nuit sur le GR54.
JOUR 9 · 13 SEPTEMBRE 2025
Le Casset → Lacs d’Arsine → Le Casset
18,6KM · Dénivelé + 1006m
Cette dernière journée sur le Tour des Écrins a déjà un goût de nostalgie 🥹 après un petit-déjeuner copieux, nous prenons la voiture et nous arrêtons au parking du Casset. Aujourd’hui, nous prenons une variante “faite maison” de notre GR54, faisant un aller-retour du Casset aux lacs du glacier d’Arsine.
Nous commençons la randonnée tranquillement dans une forêt dense où les mélèzes se mêlent aux odeurs de pins me rappelant les forêts de mon enfance dans le Sud Ouest. Nous longeons le ruisseau du Petit Tabuc jusqu’au Lac de la Douche, un superbe lac bleu turquoise d’où l’on peut déjà voir le Glacier d’Arsine. Après ce lac, nous montons un peu plus et traversons une vallée rougie par les Rhododendrons, avant d’atteindre le col d’Arsine à 2340m d’altitude.
Nous grimpons une centaine de mètres plus haut pour découvrir les lacs du glacier d’Arsine, deux étendues d’eau blanchâtre au bord de la glace et de la roche. Un paysage unique qui nous démontre encore une fois la puissance et la fragilité de la nature. Nous pique-niquons aux lacs d’Arsine protégés par le vent glacial qui prend directement sa source du glacier, et redescendons plus rapidement, essayant d’échapper à la pluie qui commence là-haut. Nous prenons quelques gouttes seulement mais après notre expérience au Col de Côte Belle, nous protégeons directement nos affaires et nos sacs.
Cette étape clôture notre merveilleux GR54 – Tour des Écrins que nous avons façonné à nos envies !
Neuf journées d’émerveillement, de solitude et de rencontres inspirantes, de rires partagés, de marche silencieuse et de paysages qui resteront gravés longtemps dans notre mémoire. Neuf journées également à repousser nos limites au quotidien tout en prenant soin de nos corps en mouvement, à être reconnaissants chaque soir d’avoir un toît au-dessus de nous et un lit où dormir, deux jambes qui nous emmènent partout où nos pensées rêvent d’aller, un mental qui nous maintient malgré la fatigue, et un groupe de personnes sur qui compter dans les moments joyeux et plus difficiles. Ce fut une expérience physique évidemment, un défi du corps et de l’esprit que d’arpenter 190 kilomètres et 12000 mètres dans les Alpes, mais nous l’avons découvert au fil des jours, ce fut aussi et avant tout une aventure humaine : qui nous a ramenés à notre propre humanité, et qui nous a aussi donné un espoir nouveau dans l’Humain avec un grand H.
Merci Les Écrins, merci les montagnes, merci à toutes les personnes rencontrées pour vos enseignements qui se passent souvent de paroles.