GR58 : le Tour du Queyras en 6 jours en refuges

Fin août 2024, Cesare, Eugenio et moi partons (re)découvrir le Queyras par son fameux GR. Pour nous trois, ce sera la première longue randonnée dépassant les 100 kilomètres et nous sommes aussi curieux que fébriles. Pour moi, c’est aussi un pas dans mon passé familial, ma maman ayant passé une partie de son enfance à Aiguilles, elle m’a souvent conté ses tapis de fleurs, les villages paisibles, les vues sur le Mont Viso et les cols qui s’étendent sur les larges vallées. Nous avons créé un tracé en six jours, qui nous permet de profiter du paysage et de nous offrir des variantes avec l’ascension de deux sommets accessibles à plus de 3000 mètres d’altitude. Une expérience magique entre ces grandes dames, où tout ramène à un essentiel au goût d’extraordinaire. 

Au total : 118 kilomètres, plus de 7700m de dénivelé positif et surtout, des étoiles plein les yeux. 

Entre les villages et les sommets, le Queyras a imprimé des souvenirs aussi doux qu’intenses dans nos esprits.

JOUR 1 : de Ceillac à Saint-Véran 

15km - 1300m D+ / 810m D-
Par le col des Estronques et la Tête de la Jacquette

Nous garons notre voiture à la sortie de Ceillac, prenons un café et achetons nos sandwichs pour le midi à la boulangerie du village, qui déjà nous dit que la saison se termine, nous serons presque seuls sur le GR cette semaine. Nous commençons à marcher et comme chaque fois, en silence, nous faisons nos premiers pas en ajustant le poids du sac sur nos épaules et nos hanches, évaluant nos ressentis et nous préparant aux prochains jours. 

Nous arrivons rapidement au col des Estronques, et continuons vers la Tête de la Jaquette à 2757m qui déjà nous offre un panorama superbe sur les vallées de Ceillac et Saint-Véran, et sur le Viso. Nous sommes presque seuls, nous tiennent compagnie une femme qui fait la sieste dans l’herbe avec son cheval qui broute paisiblement. 

Nous redescensons tranquillement, avant de remonter légèrement vers Saint-Véran où nous passons la nuit au gîte des Gabelous. Pour notre première étape, le gîte met la barre très haute et l’on a même une chambre avec lavabo pour nous tous seuls! Le dîner est joyeux, et nous nous endormons vite après une première journée de mise en jambes sur le GR58.

JOUR 2 : de Saint-Véran au Col Agnel 

16km / 1150m D+ / 642m D- 
Par le Pic de Caramantran 

Après un petit-déjeuner copieux et avoir récupéré nos pique-niques pour le midi, nous entamons cette deuxième journée sur le tour du Queyras ! Nous sommes heureux de voir les belles initiatives des refuges du GR58 : tous préparent leur kit pique-nique zéro déchet (et délicieux, en plus d’être copieux et sain!). Aujourd’hui, nous avons en tête un bel objectif : le pic de Caramantran, à 3025m d’altitude !

Notre matinée se déroule sur un chemin blanc où nous croisons plusieurs randonneurs à la journée, avant d’arriver dans une belle plaine fleurie (encore fin août!) où nous nous arrêtons pour manger. 

La montée vers le col de la Chamoussière nous en met plein la vue : des larges vallées du Queyras se dévoilent des paysages sauvages, le vert et le gris se mélangent harmonieusement et l’eau qui s’écoulent doucement des sommets nous indique le chemin à suivre. Plus nous nous approchons du col, plus l’herbe s’efface pour laisser la place à la roche. Nous laissons nos sacs dans un coin pour atteindre le Pic de Caramantran plus légers, et après une courte montée (assez raide mais facile), nous arrivons à son sommet, au milieu des nuages qui dévoilent le paysage entrecoupé dans le ciel, les drapeaux tibétains virevoltant au gré du vent. Le Pic de Caramantran est un superbe sommet pour quiconque souhaitant s’initier à la randonnée plus en altitude, et un 3000 mètres très accessible qui nous donne tout de même une belle satisfaction face à la splendeur des Alpes tout autour. 

C’est le sourire aux lèvres que nous redescendons vers le refuge Agnel. Nous sentons que la chaleur estivale s’estompe tranquillement à l’approche de septembre, nos polaires sur le dos et la fraîcheur automnale s’invitant déjà dans la fin de l’après-midi. 

Le refuge Agnel est très vivant, beaucoup de personnes y arrivent en moto ou en voiture depuis le col Agnel et s’y arrêtent pour une bière ou la nuit. J’aime ce contraste entre la solitude de cette deuxième journée sur le tour du Queyras et ce bouillonnement de vie en soirée. Nous nous offrons une bière bien méritée face à un coucher de soleil flamboyant, et nous sommes déjà prêts pour dîner. 

J’en profite pour demander aux gardiens des conseils pour le lendemain : nous souhaitons (ou plutôt, je souhaite fortement et ai motivé malgré eux Cesare et Eugenio qui auraient préféré dormir) atteindre le Pain de Sucre pour le lever du Soleil, mais les indications en ligne sont limitées. Les gardiens m’expliquent comment y arriver, en me précisant que les personnes locales préfèrent en effet le bouche à oreille pour le Pain de Sucre, un sommet de 3000 mètres magnifique dans le Queyras et encore préservé d’une surfréquentation. J’essaie de me répéter les indications dans ma tête pour me les remémorer au réveil. Les gardiens du refuge Agnel nous préparent aussi notre petit déjeuner et pique-nique en avance pour le petit-déjeuner, ils nous assurent que tout sera prêt pour notre départ vers 5h-5h30. 

JOUR 3 : du refuge Agnel à Abriès 

25km / 1250m D+ / 1940m D- 
Par le Pic du Pain de Sucre 

Avant d’aller dormir la veille, nous avons laissé nos sacs dans la salle commune pour faire le moins de bruit possible à notre réveil. C’est en entendant le monsieur à côté de moins ronfler que je me suis rendue compte que j’avais oublié mes bouchons d’oreilles. C’est donc après une courte nuit que nous prenons un petit-déjeuner silencieux, encore à moitié endormis, Cesare et Eugenio regrettant le vin et les genépis de la veille. 

Nous partons du refuge Agnel à 5h30, nous sommes les seuls du refuge à avoir eu cette idée ce matin et marchons seuls dans la nuit pour atteindre le Col Vieux. Une tente est nichée dans un coin protégé du vent, nous enfilons d’autres épaisseurs pour contrer le froid de plus en plus glaçant. J’essaie de me rappeler les indications du gardien, de trouver les cairns qu’il m’avait dit de repérer, mais malgré tout nous prenons trop à droite et nous nous retrouvons dans un endroit trop dangereux, vertical et avec le vide de part et d’autre, la pierre s’effritant sous nos pieds. Nous voyons plus loin vers notre gauche un monsieur descendre presque en courant, et nous nous demandons s’il y a un chemin ou s’il est complètement fou (ou si nous sommes de parfaits amateurs). Nous rebroussons chemin, nous déposons nos sacs à l’abri et nous nous couvrons encore davantage, le froid me saisit. Nous avons perdu de vue Eugenio, qui a grimpé à un autre endroit que nous, et nous sommes partagés entre essayer de l’attendre et le retrouver. Cesare part plus haut pour voir où il est; quelques minutes plus tard, je vois Eugenio descendre et me rejoindre, il avait trouvé le chemin mais je n’ose pas m’y aventurer seule. Cesare nous rejoint à son tour quelques minutes plus tard, et tous les trois nous remontons vers le sommet. En empruntant le bon passage, le sentier se découvre et l’accès est beaucoup plus facile.

En arrivant au sommet du Pain de Sucre à 3208m, c’est une claque visuelle qui me saisit sur place : le Soleil se lève derrière le Mont Viso qui est presque à portée de main, le paysage autour de nous est incroyable, la Crête de la Taillante s’impose de l’autre côté aux abords des lacs Foréant et Égorgeou. Nous restons plus d’une heure à admirer et gambader sur ce sommet qui s’apparente plus à une crête.

En redescendant, je me rends compte à quel point le chemin est facile une fois en haut : nous avons une vue sur tous les endroits où passer, et nous voyons au loin plusieurs personnes perdues comme nous dans la montée, dans le labyrinthe de pierres.

De retour au Col Vieux, nous entamons la journée - il n’est même pas 9 heures ! Et c’est une longue journée qui nous attend, avec une descente interminable et encore plus de 20km à marcher. Nous randonnons aux abords des deux lacs, et prenons le temps de faire une pause à une rivière où nous nous baignons dans son torrent. Nous descendons encore jusqu’à L’Échalp, et nous commençons à trouver le temps long dans le fond de vallée, passant par Ristolas et enfin Abriès, où nous passons la nuit au Gîte Ancolie Bleue

Le charme du GR58 est aussi créé par le fait que presque chaque jour, nous terminons notre étape dans un village. Les refuges se transforment alors en gîtes, les jetons pour une douche semi-chaude se transforment en salles de bains confortables, l’accès à l’eau y est aussi plus facile. J’aime passer  nos nuits dans des refuges en plus haute altitude, mais cette expérience plus ancrée dans les villages nous fait aussi découvrir un aspect de la région vivant et local. 

JOUR 4 : d’Abriès au refuge des Fonts-de-Cervières

19km / 1500m D+ / 1200m D- 
Par les lacs et le Pic du Malrif 

Après cette nuit reposante au gîte, nous commençons cette quatrième journée sur le tour du Queyras plein d’énergie. Très vite, nous établissons nos petits rituels : le matin avant de commencer notre étape, nous nous arrêtons à l’épicerie du coin et achetons des snacks et autres biscuits faits au village ou aux alentours.

Jour de lessive

La chaleur est déjà présente ce matin pendant notre montée vers le lac du Grand Laus, nous nous autorisons quelques pauses à l’ombre et grimpons tranquillement. Nous pique-niquons au lac, qui nous offre encore aujourd’hui un des panoramas les plus beaux de ce GR58. 

Après le déjeuner, le ciel commence à se couvrir. Nous nous motivons pour monter jusqu’au Pic du Malrif (2906m) depuis le Col du Malrif. Nous voulions étirer un peu nos jambes jusqu’au Grand Glaiza, mais la pluie naissante et l’orage qui gronde au loin a eu raison de nous, et c’est à la hâte que nous descendons vers le refuge de Fonts-de-Cervières. 

À peine arrivés au refuge, la pluie devient battante et nous sommes bien contents d’avoir eu à renoncer au Grand Glaiza, nos affaires encore bien sèches. 

Le refuge de Fonts-de-Cervières est complet cette nuit, et reçoit à cause du fort orage de nombreux randonneurs en bivouac qui demandent à dormir dans la salle commune. De l’orage est encore prévu pour le lendemain, aussi les gardiens nous conseillent de partir au plus tard à 6h30-7h, nous allons nous coucher tôt après une courte douche et de belles conversations au dîner.

JOUR 5 : de Fonts-de-Cervières à Souliers 

18km / 1100m D+ / 1300m D-
Par le lac des Cordes et les cols des Marsailles et de Péas 

Nous nous levons aux aurores, et nous partageons notre chambre avec une famille assez peu aimable pour le souligner – c’est notre seule moins bonne expérience en quatre années de trekking en refuges ! Nous leur avons indiqué que nous devions, comme la plupart du refuge, nous lever très tôt ce matin pour éviter les orages, mais eux ont décidé que ce serait leur jour de repos. À peine sommes-nous sortis de la chambre pour prendre notre petit-déjeuner, qu’en revenant pour prendre nos affaires et nous préparer ils avaient fermé la porte à clef et mis nos affaires dehors, dans le couloir où une trentaine de personnes va et vient entre les toilettes et la salle de bains. Nous nous dépêchons de partir de moins bonne humeur que prévu, mais cette petite mésaventure a vite été rattrapée par la beauté du matin naissant au Lac des Cordes. Nous avons pris une petite variante au GR58 pour découvrir ce lac et éviter de croiser trop de monde, résultat : nous sommes seuls et ce lac est une vraie perle ! 

Nous continuons cette étape en douceur, passant par le col des Marsailles et le col de Péas, dans une vallée si large qu’on a l’impression de respirer aussi plus grand. Les paysages de ce tour du Queyras continuent de nous mettre des étoiles dans les yeux, et nous arrivons très tôt (vers 15h) au gîte d’étape du Grand Rochebrune à Souliers. Nous sommes accueillis par l’adorable chien des propriétaires qui profite du Soleil (au final, pas d’orage à l’horizon!). Les propriétaires d’ailleurs sont nouveaux, c’est un couple franco-portugais : elle vient du Queyras et travaillait dans l'hôtellerie, lui est un Chef réputé et ils ont décidé de reprendre ce gîte en 2023. Nous entendons parler de la magie de ses plats depuis notre premier jour sur le GR58, et nous sommes très curieux de découvrir ce que nous allons manger. Nous passons l’après-midi à flâner sur la terrasse, dégustant des bières locales et jouant aux cartes.

Le dîner arrive et, après quatre jours à manger de la soupe et des pois-chiches sous toutes leurs formes, nous sommes subjugués par la qualité et l’inventivité de la cuisine ! Le dessert est le meilleur moment, nous avons l’impression d’être dans un restaurant étoilé, l’ambiance chaleureuse en plus. Et si vous vous demandez, nous avons payé le même prix que dans les autres refuges pour la demi-pension ! Cela vaut vraiment le coup, et nous avons célébré cette dernière nuit sur notre tour du Queyras en beauté.

JOUR 6 : de Souliers à Ceillac 

26km / 1408m D+ / 1300m D- 
Par le col Fromage et l’ancien Poste optique


Déjà, le dernier jour ! Cette étape a un goût de nostalgie. En voulant faire le Tour du Queyras en six jours équilibrés, nous avons mis de côté Bramousse / Furfande, une partie du Queyras qui a l’air incroyablement belle et sauvage (mais nous reviendrons !). Nous retournons à Ceillac en passant par Château Ville-Vieille, un joli village qui suit le cours de l’eau. 

Nous montons ensuite au Col Fromage, d’où nous avons un dernier pique-nique avec une vue extraordinaire à 360 degrés. Nous grimpons depuis le Col à l’ancien Poste optique, un bel endroit que je trouve profondément poétique. 

Nous redescendons ensuite vers Ceillac et la fin de cette aventure incroyable, qui nous a donné une bouffée d’oxygène pendant six jours qui s’étirent encore dans ma mémoire alors que j’écris ces mots, presque deux ans après. Ce mode de voyager, à la force de nos jambes, nos sacs sur le dos, m’offre à chaque fois un profond sentiment de liberté et d’aventure; même en restant proche de chez soi et du connu, je reviens à la voiture que nous avons laissé moins d’une semaine plus tôt en étant différente à l’intérieur. J’estime un voyage réussi lorsqu’il change quelque chose en soi, et c’est ce que je ressens quand j’enlève mes chaussures. Nous sommes fatigués, mais sereins et un peu plus ancrés que quelques jours auparavant. 

Merci les montagnes, merci nos corps et nos rêves de nous porter dans ces belles épopées.

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