Tour du Grand Paradis en Italie · Topo de 3 jours de randonnée en refuges

Fin août - début septembre 2023, Cesare, Eugenio et moi partons vers les Alpes italiennes, direction le parc du Grand Paradis.

Notre programme initial se composait de trois jours de randonnée itinérante à travers le parc, d'une quatrième journée plus légère avec quelques heures de marche jusqu'au camp de base du Gran Paradiso pour finir en beauté avec l'ascension du glacier. Malheureusement, mes jambes en ont décidé autrement et m'ont forcée à arrêter au quatrième jour.

Malgré cette surprise, je garde un souvenir heureux de ces trois jours de marche, de découverte et d'introspection au cœur de la montagne. Je vous invite à regarder cette vidéo retraçant en images la magie de ce lieu si spécial:

JOUR 1 · 31 AOÛT 2023

EAUX ROUSSES jusqu'au RIFUGIO DELLE MARMOTTE
16KM · Dénivelé + 1403m · Dénivelé - 916m

Nous quittons Turin avec le lever du Soleil, direction: les montagnes, enfin. Au programme pour cette journée: atteindre le Col de l'Entrelor et passer la nuit au Rifugio delle Marmotte, en suivant l'Alta Via 2. La journée a commencé sous le ciel bleu, avec la vue du Gran Paradiso comme spectacle pour nos yeux et de nombreuses marmottes tout autour de nous.

Le vert intense qui défile sous nos pieds contraste avec le gris des roches et le blanc de la récente neige tombée quelques jours auparavant. Nous marchons tranquillement, nous arrêtant à quelques endroits pour admirer les vues et profiter de cette première matinée. Nous commençons ensuite à monter vers le Col de l'Entrelor (3002m). Nous traversons des lacs qui deviennent toujours plus beaux en prenant de l'altitude, et nous nous retrouvons les pieds presque enneigés en haut. Une ascension douce et joyeuse, à l'image de ces premières heures de marche.

Depuis le Col de l'Entrelor, nous avons une vue incroyable sur le chemin parcouru et le reste de notre journée. Nous prenons un court moment pour apprécier, coupés par le vent glacial qui s'agite soudainement, puis engageons notre descente. La neige a eu raison de l'échelle et de la corde confortables qui nous attendaient: nous devons dégager chaque marche à flanc de montagne d'une épaisse couche de boue et la corde est elle aussi à-demi ensevelie par ce mélange de terre et de neige, un petit obstacle qui n'entache pas la douceur de la journée. Nous nous arrêtons juste après pour manger, puis continuons dans ce creux réconfortant entre les montagnes qui nous emmène vers notre refuge pour la nuit.

Nous arrivons assez tôt au refuge pour profiter d'une douche (chaude!), d'une bière et même d'une méditation les yeux ouverts avec cette vue unique. Le Rifugio delle Marmotte est un lieu spécial, tenu uniquement par des volontaires qui se relaient toute la saison pour le faire vivre. Ici, rien n'est apporté par moteur - tout se fait à pied, et ce depuis sa construction! Le refuge fait partie de Operazione Mato Grosso, une association qui œuvre en Italie et en Amérique du Sud.

JOUR 2 · 1er SEPTEMBRE 2023

RIFUGIO DELLE MARMOTTE jusqu'au RIFUGIO BENEVOLO
23KM · Dénivelé + 1363m · Dénivelé - 1216m

Ce matin, je me lève avant le réveil matinal pour observer le lever de soleil derrière les montagnes qui nous entourent. Tout est calme et recouvert d'une lumière rose qui fait battre le cœur un peu plus fort. Après un petit-déjeuner matinal et léger, nous organisons nos sacs et repartons! Une longue et merveilleuse journée nous attend: nous rejoindrons le refuge Benevolo où nous passerons pour la nuit, en prenant un détour par le Lago Goletta (2699m d'altitude) et le Col Bassac Deré (3082m d'altitude).

Nous commençons notre randonnée en descendant vers un village pittoresque, puis nous longeons une rivière berçant nos pas. Nous grimpons presque en silence dans ce paysage révélant graduellement de nouveaux sommets et glaciers que nous rejoindrons en fin de journée.

Nous arrivons au refuge Benevolo à temps pour pique-niquer. Nous avons le grand luxe de pouvoir alléger nos sacs ici avant de grimper vers le Lago Goletta, et nous commençons notre petite ascension en début d'après-midi. En hauteur, la vue du refuge est incroyable et nous touchons presque les glaciers alentours de nos pupilles. En arrivant au Lago Goletta (2699m d'altitude), nous sommes seuls dans ce paysage lunaire bercé par les rayons du soleil. Nous continuons ensuite de grimper un peu plus vers le Col Bassac Deré (3082m d'altitude).

Plus nous continuons de grimper et plus la roche se transforme en neige glissante; il est déjà presque 16h et nous décidons de ne pas aller jusqu'au Col Bassac Deré, nous faisons demi-tour à un peu plus de 3000m d'altitude et admirons le Lago Goletta depuis ces points de vue qui resteront mes moments préférés de cette randonnée. Nous prenons notre temps encore aujourd'hui, arrivant juste à temps pour le dîner au refuge Benevolo. Nous passons la soirée à jouer aux cartes et nous endormons tôt avant notre troisième journée de marche.

J'aime ce rythme et cette routine si facilement trouvés dans les montagnes. Les longues journées de marche, où l'on n'a rien d'autre à faire que mettre un pied devant l'autre, respirer, (s')écouter, puis chaque action qui devient rituel: s'arrêter pour reprendre le souffle qui emplit les poumons plus profondément, savourer notre pique-nique, s'asseoir pour manger - souvent dans un silence presque monastique, vider et remplir nos sacs, prendre soin de chaque détail de notre équipement ou de notre corps, muscles, articulations, bobos, s'engager dans des fous-rires nerveux une fois le ventre plein, se laver si l'on peut (comme on peut), dormir.

JOUR 3 · 2 SEPTEMBRE 2023

RIFUGIO BENEVOLO jusqu'au RIFUGIO TETRAS-LYRE
23KM · Dénivelé + 1070m · Dénivelé - 1356m

7h, le réveil sonne et le refuge Benevolo est déjà bien réveillé; aujourd'hui, nous essayons de quitter le refuge plus tôt qu'à notre habitude, bien qu'aucun de nous trois ne soit efficace le matin. Nous commençons par une grande ascension vers le Col Rosset (2570m d'altitude) qui comptabilise le dénivelé total de la journée, puis une grande descente nous attend avant de traverser le Pian del Nivolet jusqu'au village de Pont, où nous dormirons au refuge Tetras Lyre.

Notre programme initial nous faisait passer par le Col Basei (3175m d'altitude), mais avec la neige des jours passés et notre expérience avortée de la veille, nous décidons de passer par le Col Rosset, réputé plus accessible et moins escarpé. Les premiers kilomètres comptabilisent plus de 1000 mètres de dénivelé, nous offrant un parcours vertical et vertigineux jusqu'au Col. Tous ces efforts en valent la peine et une fois arrivés en haut, nous oublions le souffle coupé et les brûlures dans les cuisses. C'est avec émotion que nous nous fondons presque dans le paysage qui nous entoure et nous traverse.

Devant quitter cette vue, nous plongeons dans le paysage et entamons notre descente, nous arrêtant au bord d'un lac pour pique-niquer. Nous reprenons ensuite notre marche, avec l'imposant Col Rosset dans notre dos.

Nous continuons face à des vues toujours plus impressionnantes au fur et à mesure que nous avançons vers la plaine du Nivolet, les paysages étant parsemés de lacs reflétant les nuages et les marmottes gambadant sous nos pas. Nous arrivons peu à peu vers plus de vie humaine, entendant les voitures et randonneurs.euses à la journée à notre arrivée à proximité du Rifugio di Savoia. Nous voulions au début passer la nuit au Rifugio Città di Chivasso à proximité, mais les deux refuges étaient complets. De longs kilomètres sont encore à parcourir jusqu'à notre refuge de fond de vallée vers Pont!

Nous traversons le Pian del Nivolet dans son entièreté. Peut-être à cause de la fatigue et de la longueur de cette journée qui semblait ne jamais terminer, mais nous n'avons pas été charmés par cette partie de la randonnée, pourtant décrite comme un des lieux les plus majestoques de la région. Une grande ligne de haute tension le traverse et nous manquons d'horizon. Nous restons en silence pendant ces longues minutes à marcher, avant de descendre à nouveau longuement vers Pont, puis de continuer quelques kilomètres vers l'adorable Rifugio Tetras-Lyre, où l'on nous donne une gigantesque chambre pour nous tous seuls - promesse d'une bonne nuit de sommeil avant d'entamer la seconde partie de notre aventure! Nous devions en effet monter confortablement les 700 mètres de dénivelé le lendemain pour atteindre le Rifugio Vittorio Emanuele II pour y rencontrer notre guide et atteindre, le jour d'après, le sommet du Gran Paradiso - un projet que nous préparions depuis des mois, nous entraînant physiquement et mentalement au quotidien. 

C'était sans compter une douleur dans ma jambe droite, qui s'était déclarée plus tôt le matin, alors que nous grimpions vers le Col Rosset: je l'avais ignorée jusqu'à présent, pensant que j'étais simplement trop crispée par cette ascension vertigineuse et la peur qu'elle entraînait. Le reste de la journée ayant été en descente et à plat, je n'avais pas senti de gêne particulière, si ce n'est quelques blocages pour lever ma jambe, mais une fois arrivés au refuge, il m'était impossible de lever le pied de quelques centimètres du sol. J'espérais que cette nuit confortable me rétablisse vite, mais je n'ai que très peu dormi à cause de la douleur, et le lendemain je ne pouvais plus marcher du tout. C'est le cœur serré que nous avons mis fin à notre escapade, Cesare et Eugenio ne voulant pas séparer notre groupe.

Il s'est avéré par la suite que je m'étais déchiré l'ilio-psoas, une belle leçon qui m'a appris à savourer le processus autant que le résultat à atteindre. Je ne cacherai pas que j'ai passé cette journée, et celles d'après, à pleurer, à culpabiliser et à m'en vouloir, me rendant compte que pendant ces trois jours de marche, je ne voyais qu'une chose: l'atteinte du sommet du Grand Paradis à la fin. Une expérience qui m'a invitée à me détacher encore plus de mon attachement aux attentes et projections, et à porter plus d'importance au moment présent; à approcher ces mois de préparation avec sagesse et ces trois journées de marche avec bienveillance, renforçant mon écoute du corps.

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